Le principe de non-abandon

non_abandon_1Il a été demandé d’expliciter le principe de non abandon. Sous-jacente, parfois, à cette interrogation, l’inquiétude d’une confusion avec un « laisser faire » ou une perte du cadre d’intervention.

Le principe de non abandon, tel qu’il apparaît dans le projet associatif, reprend, quasiment au mot près, le texte du « Manifeste de Dunkerque » (1992 – l’un des textes fondamentaux de la FNARS): « grâce à un réseau diversifié d’institutions et de services permettant de prendre en compte des situations différenciées, les associations s’obligent à assumer collectivement pour les personnes les plus en difficulté un contrat moral de « non abandon ».

Cette notion, renvoie à trois types de positionnement pour l’association :

Une conviction politique, partagée avec notre réseau national, que « l’insertion est avant tout l’inscription de chaque personne dans un système d’échange et de réciprocité avec la société » (texte du projet fédéral – juin 2004). En ce sens, le non abandon est de ne pas accepter de trier parmi les plus pauvres et exclus, de promouvoir des modes d’accueil et d’intervention non discriminatoires. Toute personne vivant sur le territoire national doit pouvoir se voir proposer des réponses respectueuses de sa dignité.

Une pratique d’intervention qui repose sur le travail en réseau : l’engagement précédent ne signifie pas, pour l’association, de porter à elle seule les solutions pour tous les publics, avec intégration verticale (sur tout le parcours de la personne) ou horizontale (se positionner sur tous les publics ou tous les segments de l’intervention sociale). Le devoir de non abandon nous incite, au contraire, au travail en réseau, à éviter l’appropriation des publics, source d’exclusion lorsqu’ils ne répondent plus ou pas aux possibilités de réponses de l’institution.

Une position d’accompagnement : qui implique, quelque soient les difficultés des personnes accompagnées, de toujours penser possible une insertion ou tout au moins un mieux être même hors durée de notre intervention et avec d’autres partenaires.
Le principe de non abandon n’implique pas une absence de cadre, bien au contraire. Le cadre est primordial (ne serais ce que pour pouvoir le dépasser !), rassurant et structurant. Le principe de non abandon est lié à ce cadre car nous oblige à définir nos limites pour garder notre capacité d’adaptation et de créativité.

Ce principe de non abandon est à réaffirmer à l’heure où les politiques sociales nationales se centrent sur la grande exclusion à travers le prisme des veilles sociales et de l’urgence.
L’Etat ferait ainsi le deuil de l’insertion pour une politique du sans-abrisme qui consiste, avant tout, « à protéger » les plus exclus sans leur penser des capacités à sortir de leur situation et donc sans nécessité de moyens d’accompagnement.

Les baisses de budgets des CHRS, les appels d’offres, l’arrivée sur notre secteur de nouveaux opérateurs « moins chers », constituent autant d’indicateurs qui nous incitent à faire valoir nos particularités, compétences et valeurs dans l’écoute, l’hébergement et l’accompagnement des personnes les plus en difficultés.