Mission sur le « Travail Pair »

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Présentation synthétique du projet

Un collectif d’organismes sanitaires et sociaux de la Région-Alpes a répondu à l’appel à projets lancé par la DIHAL (Délégation Interministérielle pour l’Hébergement et à l’Accès au Logement des personnes sans-abri ou mal logées).

Ce projet co-porté et auquel se rattachent également des organismes de formation en travail social (IFTS d’Echirolles et l’ESSSE), l’Université Joseph Fourier de Grenoble, l’ODENORE (Observatoire des Non-Recours aux droits et service) et la Ville de Grenoble vise à permettre le développement et la promotion du travail pair à l’échelle de l’agglomération grenobloise par la mise en place d’une interface multi partenariale.

Le travail pair fait généralement référence à un soutien mutuel offert par des personnes ayant traversé des expériences de vie similaires et difficiles.

Pour des informations détaillées, cf fiche réponse à l’appel à projet sci-après

Fiche de proposition innovation sociale 2015

 

Contexte, constats et objectifs

Si le travail pair (ou plus largement la pair-aidance) ne constitue pas une nouveauté dans le champ du social, on constate toutefois la difficulté d’une stabilité durable et d’une diffusion importante de ce mode d’intervention au sein des équipes pluridisciplinaires et du secteur de l’intervention sociale et de la santé. Ainsi, peu de dispositifs médicaux ou sociaux font appel au travail pair. Celui-ci apparaît encore comme une approche innovante et expérimentale de l’accompagnement médico-social.

Des initiatives nationales et internationales dans le champ du sans-abrisme (GIAP Montréal : groupe d’intervention alternative par les pairs), mais également dans différents projets de type Housing First comme le projet Chez Soi Canada, Housing First Glasgow ou le Un Chez Soi d’Abord Français), mais également une expérience locale co-portée par certains des partenaires du présent projet, le service Totem – De la rue au logement, nous permettent de mesurer la pertinence de l’intégration du travail pair comme un métier à part entière de l’intervention sociale et médico-sociale, permettant de venir enrichir les équipes pluridisciplinaires.

Le travail pair s’inscrit dans une démarche de réduction des risques (RdR), entendue au sens large du terme. Alors que la RdR renvoie bien généralement au champ de la toxicomanie, cette démarche peut également être comprise comme une approche centrée sur l’information, la sensibilisation et la responsabilisation, plutôt que sur la sanction ou l’exclusion. L’idée n’est alors pas de venir transformer les comportements jugés déviants par la contrainte, mais bien de travailler avec la personne accompagnée sur des manières d’adopter des comportements correspondant à ses besoins, moins risqués pour elle-même et pour les autres.

Dans ce cadre, l’apport du travail pair, par la mobilisation du savoir d’expérience, est un atout précieux au sein des équipes pluridisciplinaires :

– par l’enrichissement des pratiques d’intervention ;

– par l’élargissement de la prise en considération de l’expérience vécue comme vecteur de compréhension des situations de vie des personnes accompagnées, comme une forme d’acculturation ;

– par la transformation des représentations des partenaires vis-à-vis des personnes accompagnées ;

– par la transformation des représentations des personnes accompagnées sur les équipes d’accompagnement ;

– en proposant une « porte d’entrée » supplémentaire pour les personnes accompagnées, un lien différent, favorisant l’accès au service des personnes concernées.

Le travail pair s’inscrit aussi dans une logique de rétablissement. Ce concept d’origine anglo-saxonne, basé originellement sur les personnes atteintes de troubles de santé mentale, désigne le cheminement d’une personne dans la reprise d’assurance dans sa capacité d’agir et dans son inclusion sociale. Les chercheurs Rob Whitley et Robert Drake ont identifié cinq dimensions au rétablissement (cf. site de l’Institut Universitaire en Santé Mentale Douglas) :

– la dimension clinique (rémission des symptômes) ;

– la dimension fonctionnelle (avoir un travail, être indépendant) ;

– la dimension sociale (reprendre contact avec sa famille et ses amis, avoir un sentiment d’appartenance) ;

– la dimension physique (améliorer sa santé, avoir une bonne alimentation, faire de l’exercice) ;

– la dimension existentielle (avoir un but, donner un sens à sa vie, ne pas désespérer, faire de la place à la spiritualité).

Le travail pair, par le fait qu’elle valorise un savoir d’expérience qui pourrait a priori être perçu comme disqualifiant ou dévalorisant, permet d’inverser le stigmate, et concoure fortement à ce processus de rétablissement.

Le travail pair est ainsi doublement bénéfique : pour les travailleurs pairs (personnellement) et pour les équipes pluridisciplinaires d’intervention.

Les différents axes du projet

Niveau « interne »

Soutien des pairs déjà salariés dans l’une des organisations (« service « Totem » et Recrutement, pendant la durée de l’expérimentation, par les partenaires du projet de travailleurs pairs rémunérés dans le cadre de contrats de travail de droit commun et selon les conventions collectives appliquées dans les organismes employeurs (agent de service éducatif, auxiliaire ou assistant éducatif,…).

Une interface de soutien : Les différents partenaires de ce projet s’engagent, à terme, à recruter des travailleurs au sein de leurs services. Néanmoins et par expérience, nous pensons qu’il est indispensable de proposer un cadre permettant de faciliter l’intégration des travailleurs pairs au niveau des équipes, mais également de permettre aux travailleurs pairs de ne pas se retrouver isolés dans leurs pratiques.

Il nous semble donc pertinent d’avoir une approche concertée, cohérente et soutenante pour que le développement du travail pair s’opère dans les meilleures conditions. Les modalités de recrutement et de « sortie » de la « pair aidance » seront ainsi à définir.

Un rapprochement avec les autres initiatives au niveau national : Nous envisageons d’opérer un rapprochement avec les différents projets nationaux où des pair-aidants interviennent. Au-delà d’une cartographie des acteurs, il s’agit de capitaliser les expériences des uns et des autres afin de contribuer, à notre mesure, à un développement concerté à l’échelle nationale de la pair-aidance.

Développer une offre de formation à destination des pairs : Le projet envisage le développement d’une offre de formation à destination des travailleurs pairs. Cette offre se développera en co-construction avec les pairs des différents partenaires. D’ores et déjà, des accords de principe ont été donnés par des les écoles de formation en travail social partenaires du projet, mais également par l’Université Joseph Fourier (Grenoble 1), pour que les pairs puissent assister librement aux enseignements qu’ils jugeront utiles dans le cadre de leurs pratiques. Cet accès en auditeur libre est directement inspiré du fonctionnement adapté par le GIAP à Montréal. L’idée est également de permettre aux travailleurs pairs d’envisager des pistes professionnelles alternatives au travail pair pour que ce métier ne devienne pas un enfermement. Un travail de co-construction devra s’effectuer avec les différents partenaires du champ de la formation, les partenaires du projet et les travailleurs pairs salariés dans les structures afin de trouver le moyen de validation des acquis de l’expérience et de passerelles éventuelles vers des formations diplômantes ou qualifiantes.

Accompagnement de la structuration et l’organisation des pairs : Dans la volonté de favoriser le croisement des pratiques des pairs, et d’éviter une forme d’isolement professionnel, le projet envisage d’accompagner les travailleurs dans le développement d’instances de regroupement des pairs ou de co-formation. Ce besoin a été identifié au sein du service Totem – De la rue au logement, et l’exemple du Conseil des pairs au Québec peut en ce sens constituer un modèle de référence.

Développement et évaluation de cette expérimentation en concertation avec d’autres partenaires au niveau national (cf partie « Modalités d’évaluation de capitalisation et de diffusion »), européen, et nord-américain. Des contacts sont d’ores et déjà établis avec différents acteurs au Canada (Centre de recherche de Montréal sur inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté ; GIAP Montréal).

Favoriser la participation : L’acceptation de la légitimité du savoir d’expérience des travailleurs pairs s’affirme aussi comme un facteur d’accroissement de la prise en considération de la parole des personnes accompagnées, de leur autonomie et de leurs capacités d’agir. En ce sens, l’intégration de travailleurs pairs dans les différents dispositifs des partenaires de ce projet peut être perçue comme un signal fort adressé aux bénéficiaires des différents dispositifs concernés, mais également à l’ensemble des partenaires de territoire.

Niveau « externe »

Développement de modules de formations sur le travail pair. Assurés totalement ou partiellement par les travailleurs pairs, ces modules de formations à destination des professionnels du secteur social ou de la santé ont vocation à informer les futurs professionnels ou professionnels en formation continue sur le travail pair, mais aussi, et surtout à permettre de faire valoir le savoir d’expérience des pairs pour participer à l’interrogation des pratiques professionnelles.

Développement de modules de formation sur la précarité. Cette action portée par le collectif SOIFE, propose des modules de formation en direction de tous les acteurs construits et animés par des professionnels, des personnes accompagnées et des formateurs des écoles de travail social. Les personnes accompagnées seront rémunérées et considérés comme « formateurs pairs ».

Organisation d’événements et d’actions destinés à promouvoir et expliciter le travail pair comme modalité intéressante d’intervention sociale.

Public(s) bénéficiaire(s) de l’action 

Personnes sans-abri, en situation d’addiction, rencontrant des problèmes de santé, en situation de prostitution,… Les caractéristiques des bénéficiaires directs de l’action (les travailleurs pairs) seront fonctions des services dans lesquels ils seront intégrés, le principe étant de développer et d’asseoir leur intervention sur leur compétence de vie.

Contact(s)

  • Juliette Gervaux – Chargée de mission « Travail pair »
    • 06-64-35-69-48
    • j.gervaux@relaisozanam.org
  • David Laumet – Chef de service Totem – de la rue au logement
    • 06-63-17-23-19
    • d.laumet@relaisozanam.org
  • Julien Lévy – Sociologue – ODENORE (Observatoire des Non-Recours aux droits et services)
    • 06-72-71-44-97
    • julien.levy@umrpacte.fr